1.1.2 Matérialisme et Spiritualisme 2
- Marc Elian
- 26 mars
- 3 min de lecture
Glissements rhétoriques entre science et spiritualité
Le 20e siècle : une succession d’antithèses manquées
Introduction : quand une aporie traverse un siècle entier
Dans les deux premières parties, j’ai montré que la tension actuelle entre matérialisme et spiritualisme n’est pas un phénomène isolé. C’est une aporie ancienne, un problème récurrent de la pensée occidentale.
Mais pour comprendre pourquoi cette tension revient aujourd’hui avec une telle force — dans les débats sur la conscience, dans les discours pseudo‑scientifiques, dans les réseaux sociaux — il faut regarder ce qui s’est passé au 20e siècle.
Car le 20e siècle a été une immense tentative de trouver l’antithèse du matérialisme.Et toutes ces tentatives ont échoué.
C’est cet échec qui explique le retour actuel du spiritualisme.
1. La phénoménologie : première tentative d’intégrer la subjectivité
Fin 19e – début 20e siècle.
Husserl fonde la phénoménologie pour répondre à une question simple :
👉 Que devient la conscience dans un monde dominé par la science ?
La phénoménologie tente d’intégrer :
l’expérience vécue,
la perception,
l’intentionnalité,
le sens,
le monde tel qu’il apparaît.
C’est une tentative de sauver la subjectivité sans tomber dans la religion.
Mais la phénoménologie reste :
descriptive,
non métaphysique,
prudente,
sans cosmologie.
Elle ne propose pas une antithèse au matérialisme.Elle propose une méthode.
Elle ouvre une porte… mais ne la franchit pas.
2. La psychanalyse : l’inconscient comme antithèse
Début du 20e siècle.Freud propose une autre antithèse :
👉 l’inconscient.
La psychanalyse introduit :
le désir,
le refoulement,
la pulsion,
le symbolique,
le rêve.
C’est une tentative de réintroduire la profondeur psychique dans un monde mécaniste.
Mais la psychanalyse :
reste attachée à une vision naturaliste,
ne propose pas de cosmologie,
ne touche pas à la question de la conscience comme principe,
ne remet pas en cause la primauté de la matière.
Elle est une antithèse psychologique, pas ontologique.
Elle ne peut donc pas jouer le rôle d’antithèse dialectique au matérialisme.
3. L’existentialisme : la liberté contre la nécessité
Années 1930–1950.
Heidegger, puis Sartre, posent une autre antithèse :
👉 l’existence précède l’essence.
L’existentialisme introduit :
la liberté,
l’angoisse,
la responsabilité,
le choix,
l’absurde.
C’est une tentative de sauver l’humain dans un monde sans Dieu.
Mais l’existentialisme :
refuse explicitement le spiritualisme,
reste athée,
reste immanent,
refuse toute transcendance,
refuse toute cosmologie.
Il propose une antithèse éthique, pas métaphysique.
Il ne peut donc pas produire une synthèse dialectique.
4. Le structuralisme : la structure contre le sujet
Années 1950–1970.
Lévi‑Strauss, Lacan, Foucault (première période),
Barthes.
Le structuralisme propose une autre antithèse :
👉 le sujet n’est pas premier : la structure l’est.
La structure :
linguistique,
sociale,
symbolique,
inconsciente.
C’est une tentative de dépasser l’individualisme et la subjectivité.
Mais le structuralisme :
nie la conscience,
nie le sujet,
nie l’expérience,
nie la liberté.
Il devient une forme de matérialisme symbolique.
Il ne peut donc pas jouer le rôle d’antithèse.
5. Le post‑structuralisme : la déconstruction comme antithèse
Années 1970–1980.
Derrida, Deleuze,
Foucault (seconde période).
Le post‑structuralisme propose :
👉 la déconstruction des catégories.
Il introduit :
la multiplicité,
la différence,
la dispersion,
la critique des systèmes.
C’est une tentative de sortir des structures rigides.
Mais le post‑structuralisme :
ne propose rien en remplacement,
refuse toute synthèse,
refuse toute ontologie,
refuse toute cosmologie.
Il est une antithèse sans thèse.
Il ne peut donc pas produire une synthèse.

6. Le post‑modernisme : la dissolution du sens
Années 1980–2000.
Le post‑modernisme affirme :
👉 il n’y a plus de grands récits.
Il introduit :
le relativisme,
la fragmentation,
la fin des idéologies,
la suspicion généralisée.
C’est une tentative de survivre à l’effondrement des systèmes.
Mais le post‑modernisme :
détruit la possibilité même d’une synthèse,
détruit la possibilité d’une dialectique,
détruit la possibilité d’une vérité.
Il laisse un vide.
Et ce vide, c’est le New Age qui va le remplir.
7. Les neurosciences : le retour du matérialisme
Années 1990–2020.
Les neurosciences proposent une autre antithèse :
👉 la conscience = le cerveau.
Elles introduisent :
l’imagerie cérébrale,
la neurochimie,
les corrélats neuronaux,
la plasticité.
C’est une tentative de rétablir une forme de certitude.
Mais les neurosciences :
ne répondent pas à la question du sens,
ne répondent pas à la question de l’expérience,
ne répondent pas à la question de la subjectivité,
ne répondent pas à la question de la conscience comme phénomène.
Elles reviennent au matérialisme…et donc ne peuvent pas être une antithèse.
Conclusion : un siècle entier sans antithèse
Pendant tout le 20e siècle, la pensée occidentale a cherché une antithèse au matérialisme.
Elle a essayé :
la phénoménologie,
la psychanalyse,
l’existentialisme,
le structuralisme,
le post‑structuralisme,
le post‑modernisme,
les neurosciences.
Aucune n’a réussi.
Aucune n’a osé poser l’antithèse suivante :
👉 le spiritualisme.
C’est pour cela que le spiritualisme revient aujourd’hui. Non pas comme solution, mais comme question refoulée.

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