4.1.5 Du new age au Nouvel Age 5
- Marc Elian
- 18 mars
- 14 min de lecture
1891–1907 : Besant, Leadbeater et l’institutionnalisation de la théosophie
Comment une intuition spirituelle devient un système fermé — et pourquoi la phénoménologie n’a toujours pas pu entrer.
1. Après Blavatsky : la théosophie devient une institution
À la mort de Blavatsky en 1891, la Société Théosophique entre dans une nouvelle phase.Ce n’est plus le temps des grandes visions fondatrices, mais celui de :
l’organisation,
la hiérarchie,
la consolidation doctrinale,
l’expansion internationale.
Deux figures dominent cette période :
Annie Besant, intellectuelle brillante, oratrice, militante politique.
Charles Webster Leadbeater, clairvoyant autoproclamé, auteur prolifique.
Ensemble, ils vont transformer la théosophie en un système structuré, presque ecclésial.
2. Annie Besant : la théosophie comme religion mondiale
Besant apporte à la théosophie :
une organisation solide,
une vision universaliste,
une volonté d’éducation spirituelle,
une ambition politique (réformer l’humanité).
Elle voit la théosophie comme :
la matrice d’une religion mondiale future,capable de dépasser le christianisme, l’hindouisme et le bouddhisme.
Cette ambition universaliste est séduisante, mais elle a un coût :
👉 la théosophie cesse d’être une recherche et devient une doctrine.
Besant systématise, clarifie, ordonne.Elle transforme l’intuition de Blavatsky en un corpus.
3. Leadbeater : la clairvoyance comme autorité
Leadbeater joue un rôle décisif — et problématique.
Il affirme pouvoir :
voir les corps subtils,
lire les vies antérieures,
percevoir les plans invisibles,
décrire les hiérarchies spirituelles,
diagnostiquer l’évolution karmique des individus.
Ses livres (notamment L’Homme visible et invisible, Les Chakras, Le Plan astral) deviennent des références.
Mais cette autorité repose sur un seul principe :
« Je le vois, donc c’est vrai. »
Aucune méthode.Aucune vérification.Aucune réduction phénoménologique.
La clairvoyance devient le dogme central.
4. La théosophie se dogmatise : un système clos
Entre 1891 et 1907, la théosophie se transforme en :
une cosmologie détaillée,
une hiérarchie spirituelle précise,
une anthropologie subtile (sept corps, sept plans),
une vision de l’évolution humaine,
une doctrine de l’éducation spirituelle.
Tout est classé, ordonné, expliqué.
La théosophie devient un système total.
Et comme tout système total :
👉 il absorbe l’expérience au lieu de la décrire.
5. Les dérives structurelles de cette période
1. Autorité occulte
Les « Maîtres » deviennent des figures d’autorité absolue.Besant et Leadbeater se présentent comme leurs porte-parole.
2. Dogmatisation
Les visions de Leadbeater deviennent des vérités.Les intuitions de Blavatsky deviennent des lois.
3. Absence de méthode critique
Aucune distinction entre :
vécu,
imaginaire,
interprétation,
projection,
symbolique.
4. Dépendance à la clairvoyance
La théosophie devient une religion de la vision intérieure — mais sans critique de la vision.
5. Confusion entre science et imaginaire
Leadbeater parle de « vibrations », « atomes éthériques », « forces subtiles » comme s’il s’agissait de faits scientifiques.
6. Le point phénoménologique manqué (encore une fois)
La phénoménologie aurait demandé :
Qu’est-ce qui est donné dans l’expérience ?
Qu’est-ce qui est ajouté par l’interprétation ?
Quelles sont les conditions de possibilité de ce que tu dis voir ?
Comment distinguer vision, imagination, croyance, symbole ?
Comment suspendre les théories pour revenir au vécu ?
La théosophie répond :
« Nous savons parce que nous voyons. »
« Nous voyons parce que nous sommes initiés. »
« Nous sommes initiés parce que les Maîtres nous guident. »
C’est un cercle fermé.
La phénoménologie ne peut pas entrer.
7. Pourquoi cette période prépare le New Age
Tout ce qui fera le New Age des années 1960–2000 est déjà là :
les chakras (popularisés par Leadbeater),
les corps subtils,
les vibrations,
la clairvoyance,
la guidance invisible,
la hiérarchie spirituelle,
la mission d’âme,
la psychologie karmique,
la spiritualité comme évolution personnelle.
Le New Age n’inventera rien :
👉 il simplifiera, psychologisera et commercialisera ce que Besant et Leadbeater ont figé.
8. Pourquoi revenir à cette période aujourd’hui
Parce qu’elle montre :
comment une intuition spirituelle devient un dogme,
comment un imaginaire devient une autorité,
comment une vision devient une vérité,
comment une expérience devient un système,
comment une quête devient une institution.
Et surtout :
👉 elle montre ce qu’il manque pour qu’une spiritualité devienne adulte : une méthode.
La phénoménologie aurait pu offrir cette méthode.Elle n’a jamais été invitée.
Ton travail consiste précisément à rouvrir cette possibilité.
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Voici la version “atelier d’usage” à cette seconde période :
.L’objectif : montrer comment utiliser l’histoire de Besant & Leadbeater comme un outil de discernement, un instrument d’analyse, un cadre critique, bref : une première matière transformable.
ATELIER D’USAGE
— Comment utiliser l’histoire 1891–1907 pour comprendre les dérives New Age actuelles
Ou comment Besant & Leadbeater nous aident à lire Instagram, les coachs spirituels et les discours énergétiques d’aujourd’hui.
1. À quoi sert ce post historique ?
Ce que tu viens de lire sur Besant et Leadbeater n’est pas seulement un chapitre d’histoire.C’est une clé de lecture pour comprendre :
pourquoi le New Age moderne fonctionne comme il fonctionne,
pourquoi certaines dérives reviennent toujours,
pourquoi certaines pratiques sont structurellement problématiques,
pourquoi certaines personnes deviennent dépendantes de « guides », « clairvoyants », « maîtres »,
pourquoi la phénoménologie est indispensable aujourd’hui.
Ce post devient un outil dès qu’on l’utilise pour analyser le présent.
2. Outil n°1 : repérer la “clairvoyance comme autorité”
Leadbeater a installé un modèle qui domine encore aujourd’hui :
“Je vois, donc c’est vrai.”
Tu peux inviter ton lecteur à repérer ce schéma dans :
les vidéos TikTok de “lectures d’aura”,
les coachs qui disent “je vois ton énergie”,
les thérapeutes qui affirment “je sens ton chakra bloqué”,
les médiums qui décrivent des vies antérieures,
les discours sur les “guides spirituels”.
Usage concret :
👉 Quand quelqu’un affirme “voir” quelque chose d’invisible, demande :
Qu’est-ce qui relève du vécu ?
Qu’est-ce qui relève de l’interprétation ?
C’est exactement la question phénoménologique que la théosophie n’a jamais posée.
3. Outil n°2 : repérer la “cosmologie imposée”
Besant et Leadbeater ont figé une cosmologie :
sept plans,
sept corps,
hiérarchies d’êtres,
évolution spirituelle,
karma psychologique.
Aujourd’hui, on retrouve ce schéma dans :
les discours sur les “vibrations”,
les “dimensions 3D/5D”,
les “missions d’âme”,
les “contrats d’incarnation”,
les “énergies toxiques”.
Usage concret :
👉 Quand un discours prétend décrire “comment fonctionne l’univers”, demande :
Est-ce une description du vécu, ou une projection d’un système ?
C’est la distinction phénoménologique fondamentale.
4. Outil n°3 : repérer la “dépendance à l’autorité invisible”
Besant & Leadbeater ont créé une structure où :
les Maîtres savent,
les clairvoyants transmettent,
les disciples croient.
Aujourd’hui, cela se rejoue dans :
les “guides spirituels”,
les “entités de lumière”,
les “messages de l’univers”,
les “downloads énergétiques”,
les “canalisations”.
Usage concret :
👉 Quand quelqu’un dit “l’univers m’a dit que…”, demande :
Qui parle vraiment ?
Quelle est la source de cette autorité ?
Bien sur attend toi quand tu poseras la question à ce qu'on te réponde que ton énergie est basse !
La phénoménologie demande toujours :Qu’est-ce qui est donné ? Qu’est-ce qui est ajouté ?
5. Outil n°4 : repérer la “science imaginaire”
Leadbeater parlait de :
vibrations,
atomes éthériques,
forces subtiles,
plans énergétiques,
…comme s’il s’agissait de faits scientifiques.
Aujourd’hui, on retrouve :
“la physique quantique prouve que…”,
“la vibration de ton ADN…”,
“la fréquence de ton aura…”,
“la science montre que l’intuition est un champ énergétique”.
Usage concret :
👉 Quand un discours mélange science et invisible, demande :Est-ce une métaphore, ou une affirmation factuelle ?
La phénoménologie aide à distinguer les deux.
6. Outil n°5 : repérer la “psychologisation du karma”
Besant & Leadbeater ont transformé le karma en :
psychologie,
développement personnel,
évolution intérieure.
Aujourd’hui, cela devient :
“tu as attiré cette situation”,
“c’est ton karma émotionnel”,
“tu vibres trop bas”,
“tu dois guérir ta lignée”.
Usage concret :
👉 Quand quelqu’un explique un événement par une “loi spirituelle”, demande :
Est-ce une description du vécu, ou une causalité imaginaire ?
La phénoménologie refuse les causalités invisibles non vérifiables.
7. Outil n°6 : repérer la “structure ecclésiale déguisée”
Besant a transformé la théosophie en :
une institution,
une hiérarchie,
une doctrine,
une pédagogie spirituelle.
Aujourd’hui, cela se rejoue dans :
les écoles de coaching spirituel,
les formations en “énergétique”,
les communautés New Age,
les groupes Telegram de “guérison quantique”.
Usage concret :
👉 Quand un groupe prétend “éveiller l’humanité”, demande :Est-ce une communauté, ou une institution spirituelle déguisée ?
La phénoménologie aide à repérer les structures de pouvoir.
8. Comment ton lecteur peut utiliser ce post dans sa vie
Tu peux proposer trois usages directs :
Usage personnel
Repérer en soi les traces de :
croyances héritées,
cosmologies imposées,
dépendances invisibles,
interprétations automatiques.
Usage relationnel
Comprendre pourquoi certaines personnes :
croient aveuglément,
se sentent “guidées”,
deviennent dépendantes,
confondent vécu et imaginaire.
Usage professionnel
Pour les thérapeutes, coachs, enseignants :
repérer les dérives,
éviter les projections,
clarifier les limites,
distinguer vécu et interprétation.
9. Conclusion : pourquoi cet atelier est essentiel
Ce post historique n’est pas un récit du passé.C’est une carte pour naviguer le présent.
Il montre :
comment les dérives New Age ont été fabriquées,
pourquoi elles se répètent,
comment les repérer,
comment s’en protéger,
comment les comprendre sans mépris,
comment les dépasser.
Et surtout :
👉 il montre pourquoi la phénoménologie est indispensable pour une spiritualité adulte.
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Mais le danger serait pour moi de croire ne pas appartenir à ce lexique, car si je me laisse le croire je vais sans m’en rendre compte définir des concept qui légitimeront mon propre new age aveugle et condamnera celui des autres.
Il faudrait pouvoir se prémunir contre ce danger mais comment faire. La bonne volonté n’y suffit pas, et j’ai bien peur que la lucidité non plus. Mais en soi e n’est pas grave car nous sommes tous des New Age sitôt que nous utilisons ces concepts : le simple fait à mon avis de les utiliser indique que nous sommes New Age car avant le New Age introduit par la théosophie à mon avis on n’utilisait pas ces concepts.
1. Le point crucial : tu fais partie du lexique — comme tout le monde
Tu as parfaitement identifié le danger :
👉 croire que toi, tu n’es pas New Age, et que seuls “les autres” le sont.
C’est exactement ce que font tous les auteurs New Age.Et c’est précisément ce que ton lexique veut montrer.
La seule manière de t’en prémunir est de partir d’un principe simple :
➡️ Nous sommes tous New Age dès que nous utilisons un concept inventé par le New Age.
Et tu as raison :avant la Théosophie (Blavatsky, 1875), la plupart de ces concepts n’existaient pas.
Donc la seule posture saine pour ton introduction est :
d’assumer que tu es dans le champ que tu analyses,
d’assumer que tu es traversé par ces concepts,
d’assumer que tu n’es pas extérieur au phénomène,
d’assumer que tu fais toi-même partie de l’écosystème cognitif que tu décris.
C’est ce qui te rend crédible, humble, et lucide.
2. Analyse concept par concept : lesquels existaient dans la théologie chrétienne ?
Le christianisme repose sur :
un Dieu personnel,
une vérité révélée,
une séparation créateur/créature,
une absence totale de cosmologie énergétique,
une méfiance envers les “connaissances cachées” ou “gnostiques”.
👉 la quasi-totalité des concepts du New Age n’existaient pas dans la théologie chrétienne.
Les seuls points de contact sont :
la guérison, mais réservée au divin
la vocation, mais sans mission cosmique
la sagesse, mais pas l’intuition omnisciente
l’abandon, mais pas le lâcher-prise énergétique
la pureté du cœur, mais pas l’authenticité psychologique
Tout le reste est une invention moderne, née :
de la Théosophie (Blavatsky)
du spiritisme
du magnétisme
du romantisme allemand
du bouddhisme réinterprété
de la psychologie jungienne
de la contre-culture des années 60
du développement personnel des années 80
C’est un patchwork, pas une tradition.
Donc on peut dire que tout auteur qui utilise ces concept a été influencé par la pensée new age, car ceux que je connais qui ne la connaissent pas parlent un tout autre langage. Par contre on peut s’apercevoir que le new age a réelllement une influence sur la société, notamment sur la toile (internet). Certains concepts entrent mêmes dans les médias dits main stream.
Et je serais tenté de dire qu’en France du moins, mais sans doute en Europe et probablement sur les deux continents américains, en Australie et Nouvelle zélande, le new age habite bien plus les consciences que le christianisme par exemple. Il est possible même qu’en Amérique du sud un mélange des deux se fasse : le christianisme y reste plus présent qu’en Europe, mais il intègre des éléments conceptuels du new age à grand pas depuis les années 1980 (une amie qui y a vécu à cette époque me dit que les concepts new age y étaient déjà fortement présents dans la population brésilienne).
Alors donc voyons quelle est la période qui est la plus décisive quand aux concepts new age qui sont utilisés aujourd'hui. ON l'ignore souvent mais à la fin du 19ème siècle la théosophie avait une très grande aura, au point qu'elle a influencé énormément de mouvements qui ne l'ont pas toujours avoués. Nous verrons dans un post ultérieur que tant sri Aurobindo, que Teillard de Chardin , ou même Carl Gustav Jung probablement ont dû être influencé par elle.
Une chose qu'on ignore souvent est que Krishnamurti avait été pré-senti comme un messie, et c'est lui qui a refusé le rôle. Ce qui ne l'empêcha pas de rester en bon terme avec la théosophie, mais c'est venu confirmé les doutes de Rudolf Steiner et d'Alice Bailey.

1907–1934 : Krishnamurti, Steiner, Alice Bailey — le grand schisme théosophique
Comment la théosophie s’est fracturée en trois directions — messianique, ésotérique et télépathique — et pourquoi la phénoménologie n’a toujours pas trouvé sa place.
1. 1907 : Besant et Leadbeater prennent le pouvoir — et préparent un tournant messianique
Après la mort d’Olcott en 1907, Annie Besant devient présidente de la Société Théosophique. Elle s’appuie sur Charles Leadbeater, dont la clairvoyance est devenue l’autorité centrale du mouvement.
C’est dans ce contexte que Leadbeater affirme avoir découvert, en 1909, un jeune garçon indien de 14 ans, Jiddu Krishnamurti, qu’il présente comme :
le futur Instructeur du Monde, une sorte de Messie théosophique.
Cette décision va provoquer une onde de choc.
2. Krishnamurti : l’enfant-messie qui refuse d’être messie
Krishnamurti est élevé, formé, préparé pour devenir le centre d’une nouvelle religion mondiale. Besant et Leadbeater créent pour lui :
l’Ordre de l’Étoile d’Orient,
une structure internationale,
des milliers de disciples,
une attente messianique.
Mais en 1929, Krishnamurti dissout l’Ordre et déclare :
« La vérité est un pays sans chemin. Aucun maître, aucune religion, aucune organisation ne peut vous y conduire. »
C’est un séisme.
Krishnamurti rejette :
la théosophie,
les Maîtres,
les hiérarchies invisibles,
les systèmes,
les cosmologies,
les autorités spirituelles.
Il propose une approche radicalement expérientielle, non dogmatique, non métaphysique.
Autrement dit
👉 Krishnamurti est le plus proche de la phénoménologie que la théosophie ait jamais produit.
Mais il rejette la théosophie au lieu de la transformer.
Le dialogue manqué continue.
3. Rudolf Steiner : l’hérétique qui refuse le messianisme
Rudolf Steiner, alors secrétaire général de la Société Théosophique en Allemagne, refuse catégoriquement :
le choix de Krishnamurti,
le messianisme de Leadbeater,
la dérive autoritaire de Besant.
Pour Steiner :
la théosophie doit être une science spirituelle,
pas une religion,
encore moins un culte messianique.
En 1913, il quitte la Société Théosophique et fonde l’Anthroposophie.
Steiner critique :
l’autorité des Maîtres,
la clairvoyance non critique,
la télépathie,
la cosmologie imposée.
Mais il ne propose pas non plus une méthode phénoménologique. Il propose une science de l’esprit, mais sans réduction critique.
C’est une autre voie, mais pas encore la bonne pour un dialogue avec la phénoménologie.
4. Alice Bailey : la télépathie comme nouvelle autorité
En 1915, Alice Bailey entre dans la Société Théosophique. Elle est impressionnée par l’œuvre de Blavatsky, mais très vite, elle se heurte :
au messianisme autour de Krishnamurti,
à l’autorité de Leadbeater,
à la rigidité doctrinale de Besant.
En 1919, elle affirme entrer en contact télépathique avec un « Maître tibétain » nommé Djwhal Khul.
Sous sa dictée, dit-elle, elle écrit plus de 20 ouvrages.
En 1922, elle quitte la Société Théosophique et fonde :
le Lucis Trust,
l’École Arcane,
un réseau mondial d’enseignement ésotérique.
Alice Bailey est essentielle pour comprendre le New Age, car elle introduit :
l’Ère du Verseau,
la psychologie ésotérique,
la méditation de groupe,
la télépathie spirituelle,
la notion de “Plan divin”,
la hiérarchie planétaire.
Elle conteste, comme Steiner, la légitimité du choix de Krishnamurti.Mais elle ne rejette pas la structure théosophique :
👉 elle la réinvente.
Et surtout :
👉 elle renforce l’autorité invisible (le Maître tibétain).
La phénoménologie ne peut toujours pas entrer.
5. Trois directions, trois impasses
Entre 1907 et 1934, la théosophie se fracture en trois courants majeurs :
1. Le courant messianique (Besant & Leadbeater)
Krishnamurti comme Instructeur du Monde
hiérarchie invisible
autorité des Maîtres
structure quasi ecclésiale
Impasse :
👉 dépendance à une figure charismatique.
2. Le courant ésotérique-scientifique (Steiner)
science spirituelle
observation intérieure
pédagogie, agriculture, médecine
Impasse :
👉 absence de méthode critique, cosmologie rigide.
3. Le courant télépathique (Alice Bailey)
Maître tibétain
Ère du Verseau
psychologie ésotérique
méditation planétaire
Impasse :
👉 autorité invisible renforcée, absence de réduction phénoménologique.
6. Le point phénoménologique manqué — encore et toujours
La phénoménologie aurait pu dire :
« Décris ton expérience. »
« Suspends les croyances. »
« Distingue vécu et interprétation. »
« Analyse les conditions de possibilité de ce que tu affirmes. »
« Ne transforme pas ton imaginaire en cosmologie. »
Mais aucun des trois courants ne l’a fait.
Besant & Leadbeater : autorité.
Steiner : système.
Bailey : télépathie.
Krishnamurti : rejet total.
Le dialogue reste impossible.
7. Pourquoi cette période est cruciale pour comprendre le New Age
Tout ce qui deviendra le New Age est déjà là :
l’Ère du Verseau (Bailey),
les Maîtres ascensionnés (Blavatsky + Bailey),
la psychologie spirituelle (Bailey),
la guidance intérieure (Leadbeater),
la critique des religions (Krishnamurti),
la quête d’autonomie (Krishnamurti),
la science spirituelle (Steiner),
la télépathie, les énergies, les vibrations.
Le New Age est un patchwork de ces trois courants.
8. Pourquoi revenir à cette période aujourd’hui
Parce qu’elle montre :
comment les dérives naissent,
comment les autorités invisibles se construisent,
comment les systèmes se ferment,
comment les illusions se renforcent,
comment les individus perdent leur autonomie,
comment les expériences sont interprétées à travers des cosmologies préfabriquées.
Et surtout :
👉 elle montre ce qu’il manque pour qu’une spiritualité devienne adulte : une méthode de discernement.
La phénoménologie aurait pu offrir cette méthode. Elle n’a jamais été invitée.
Ton travail consiste précisément à rouvrir ce dialogue.
🌈 2. Le New Age est un patchwork moderne, pas une tradition
Là encore, tu touches juste. Le New Age n’est pas une tradition mais une sédimentation de couches culturelles.Et tu as cité les bonnes sources :
Théosophie (Blavatsky) → cosmologie ésotérique, karma réinterprété
Spiritisme → communication avec les morts
Magnétisme → énergie vitale manipulable
Romantisme allemand → intériorité sacrée, nature divinisée
Bouddhisme réinterprété → méditation psychologisée
Jung → archétypes, individuation, synchronicités
Contre-culture 60s → rejet des institutions, quête de sens
Développement personnel 80s → optimisation de soi, authenticité
Ce n’est pas une tradition :
👉 c’est une écologie conceptuelle née de la modernité tardive.
Et comme toute écologie, elle se diffuse par capillarité, pas par adhésion explicite.
🌐 3. Oui : tout auteur qui utilise ces concepts est influencé par ce patchwork
Même s’il ne s’en revendique pas.Même s’il dit « je ne suis pas New Age ».Même s’il croit avoir inventé ses concepts.
Parce que le New Age n’est pas un mouvement :
👉 c’est un vocabulaire, un imaginaire, un ensemble de catégories mentales.
C’est exactement comme le romantisme :les gens n’ont pas besoin de se dire « romantiques » pour penser comme des romantiques.
📡 4. Le New Age influence massivement la société contemporaine
Tu as raison : sur Internet, dans les médias, dans les discours du bien-être, dans les pratiques thérapeutiques, dans les entreprises, dans les écoles de coaching, dans les séries Netflix…Le New Age est devenu le langage spontané de la subjectivité contemporaine.
Quelques exemples d’idées New Age devenues mainstream :
« écouter son intuition »
« énergie toxique / énergie positive »
« mission de vie »
« vibration »
« authenticité »
« alignement »
« lâcher-prise »
« être dans le flow »
« se reconnecter à soi »
« manifester »
Ces expressions sont aujourd’hui utilisées par des journalistes, des influenceurs, des coachs sportifs, des managers, des thérapeutes, des enseignants…
Le christianisme, lui, n’a plus ce pouvoir de structuration du langage.
🌍 5. Tu as raison : en France, en Europe, en Amérique du Nord, en Océanie…
Le New Age est plus présent dans les consciences que le christianisme.
Non pas en termes de croyances explicites, mais en termes de :
catégories psychologiques
vocabulaire
représentations du soi
rapport au monde
attentes spirituelles
vision de la santé
conception de la vérité
Le christianisme structure encore les institutions, les fêtes, les symboles.Mais le New Age structure les subjectivités.
C’est beaucoup plus profond.
🇧🇷 6. Et oui : en Amérique du Sud, un syncrétisme accéléré est en cours
Ce que ton amie décrit du Brésil des années 1980 est très documenté :
pentecôtisme + théosophie
catholicisme populaire + médiumnité
spiritisme kardéciste + développement personnel
culte des saints + anges New Age
guérison charismatique + guérison énergétique
Là-bas, le New Age ne remplace pas le christianisme :
👉 il l’infuse.
C’est un syncrétisme, pas une substitution.
🔥 7. La conclusion forte que tu peux tirer
Tu peux formuler ton intuition ainsi :
Le New Age n’est pas une tradition spirituelle, mais un climat culturel global qui fournit aujourd’hui les catégories mentales par lesquelles les individus pensent leur intériorité, leur santé, leur identité et leur rapport au monde.
Et ce climat est devenu dominant dans :
les classes moyennes éduquées
les milieux thérapeutiques
les espaces numériques
les discours médiatiques
les pratiques de bien-être
les spiritualités alternatives
Le christianisme, lui, n’est plus qu’un arrière-plan symbolique.
A partir de ces constats, diverses voies de recherches s'ouvrent :
formuler cette analyse dans un style académique
en faire des post structurés
en tirer une typologie des concepts New Age
montrer comment ce climat influence les pratiques thérapeutiques
cartographier les différents auteurs qui ont participé à la construction du New Age actuel,
analyser pourquoi ce langage est si séduisant aujourd’hui
C’est ce que ce blog aura pour vocation d'aider d'autres chercheurs à faire.
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